LE TEMPS DES PIONNIERS

C'est à Joseph-Nicéphore Niepce, né à Chalon-sur-Saône en 1765, que
revient l'honneur de la découverte dont nous allons nous occuper.
Le début des recherches photographiques de Joseph-Nicéphore Niepce
remonte à l'année 1815. Le problème qu'il poursuivait consistait à fixer
les images de la chambre obscure.

 

La chambre obscure se compose d'une boîte fermée de toutes parts, à
l'exception d'une petite ouverture, par laquelle pénètrent les rayons lumineux.

 

Ces rayons lumineux, en s'entre- croisant, vont former une image renversée et raccourcie des objets, sur un écran placé au fond de la boîte.

 

 

 

Porta, physicien napolitain, qui, le premier, fit connaître le phénomène
auquel donne lieu la chambre obscure, imagina de placer une lentille
de cristal bi-convexe devant l'ouverture de cet instrument. L'image gagna
ainsi beaucoup en éclat, en netteté et en coloris.


C'est en 1824 que Joseph-Nicéphore Niepce résolut le problème qu'il
s'était proposé, et qui consistait à fixer l'image de la chambre obscure.
L'agent chimique impressionnable à la lumière dont il faisait usage,
c'était le bitume de Judée, matière noire qui, exposée à la lumière,
se modifie chimiquement, et perd sa solubilité dans les liqueurs spiritueuses

Joseph-Nicéphore Niepce appliquait une couche de bitume de Judée sur
une lame de cuivre recouverte d'argent, et plaçait cette lame au foyer de la
chambre obscure. Après une action assez prolongée de la lumière, il retirait
la plaque, et la plongeait dans un mélange d'huile de pétrole et d'essence
de lavande. Les parties influencées par la lumière demeuraient intactes,
les autres se dissolvaient. Ainsi modifié, l'enduit de bitume représentait les
clairs; la plaque métallique dénudée formait les ombres; les parties de
l'enduit partiellement dissoutes répondaient aux demi-teintes.


Malheureusement il ne fallait pas moins de dix heures pour obtenir un
dessin, à cause de la lenteur avec laquelle le bitume de Judée se modifie
sous l'influence de la lumière. Pendant ce temps, le soleil, poursuivant sa
roule, déplaçait les ombres et les lumières.


Par ce procédé, encore bien imparfait, on le voit, Niepce parvint à former
des planches à l'usage des graveurs, car tel était son but. En attaquant
ces plaques par un acide faible, il creusait le métal dans les parties que
n'abritait pas l'enduit résineux, et l'on pouvait ensuite se servir de cette
planche pour tirer des gravures sur papier.


Joseph-Nicéphore Niepce appelait ce nouveau procédé de gravure l'héliographie.


Pendant que Niepce poursuivait, à Chalon-sur-Saône, la solution du problème
de la fixation des images de la chambre obscure, un autre expérimentateur
s'occupait, à Paris, des mêmes travaux : c'était le peintre Daguerre,
qui s'était fait un certain renom par l'invention du Diorama.


Le peintre parisien ayant réussi à se mettre en rapport avec l'inventeur

chalonnais lui proposa de s'associer à lui, et Niepce ayant accepté la proposition, le 14 septembre 1829, un traité à cet effet fut signé entre eux
à Chalon-sur-Saône.


Niepce ayant communiqué à Daguerre le secret de ses procédés, Daguerre
s'applique aussitôt à les perfectionner. Il remplace le bitume de Judée
par la résine qu'on obtient en distillant l'essence de lavande; il ne lave
plus la plaque dans une huile essentielle, il l'expose à l'action de la vapeur
fournie par cette essence à la température ordinaire. Cette vapeur se condensait
seulement sur les parties restées dans l'ombre, et respectait les
clairs, représentés par la résine blanchie. Les ombres étaient traduites
par une sorte de vernis transparent, formé par la résine dissoute dans
l'huile essentielle.


En même temps, Daguerre change complètement les bases du procédé
dont Niepce s'était servi. 11 veut que le dessin définitif demeure sur la plaque,
et ne soit point destiné à la gravure. Ainsi, l'image sera formée sur un
métal, au lieu d'être tirée sur papier, comme le voulait Niepce, le premier
inventeur, et elle ne donnera, à chaque opération, qu'un type unique, au

lieu de fournir une planche capable de tirer un grand nombre d'estampes.


Le système de Daguerre était inférieur à celui de Niepce, mais il prévalut.
Les deux associés venaient de substituer aux substances résineuses l'iode,
qui donne une grande sensibilité aux plaques d'argent, lorsque Niepce
mourut, à l'âge de soixante-trois ans. Après vingt ans de travaux, il s'éteignit
pauvre et ignoré. La gloire ne devait rayonner que plus tard autour du
nom de l'homme qui avait produit l'une des plus curieuses découvertes de
son siècle.


Continuant ses recherches, Daguerre eut bientôt le bonheur de découvrir
la merveilleuse influence des vapeurs du mercure sur le développement de
l'image photographique. Il reconnut que l'image formée par l'action de la
lumière sur une plaque revêtue d'iodure d'argent est d'abord invisible,
mais qu'elle apparaît subitement si on expose cette plaque aux vapeurs
mercurielles. Dès lors, le problème de la fixation des images de la chambre
obscure et de la conservation indéfinie de cette image était résolu.

Le 7 janvier 1859, Arago annonça publiquement à l'Académie des
sciences de Paris la découverte de Niepce et de Daguerre. Le 19 août 1859,
les procédés des inventeurs, qui jusqu'alors étaient demeurés secrets, furent
rendus publics. Le gouvernement accorda une récompense nationale à
Daguerre, ainsi qu'au fils de Joseph-Nicéphore Niepce.


Dans le procédé de Daguerre, c'est-à-dire dans la daguerréotypie, ou
photographie sur métal, les images se forment à la surface d'une lame de
cuivre argenté. On expose cette lame aux vapeurs que l'iode dégage spontanément : l'iode se combine avec l'argent, et forme une mince couche
d'iodure d'argent, qui est excessivement sensible à l'action des rayons lumineux.


On place la plaque iodurée au foyer de la chambre obscure, et on
amène sur cette plaque l'image formée par l'objectif de l'instrument. La
lumière, avons-nous dit, a la propriété de décomposer l'iodure d'argent :
les parties de la plaque vivement éclairées subissent donc cette décomposition,
tandis que celles qui sont dans l'ombre demeurent intactes.


Retirée de la chambre obscure, la plaque recouverte d'iodure d'argent
décomposé par la lumière ne présente encore aucune trace visible d'image.
On la soumet alors, dans une boîte fermée, aux vapeurs émises par le mercure,
en chauffant légèrement un peu de mercure contenu dans une boîte
de fer. Cette opération développe l'image.

 

En effet, les vapeurs viennent se condenser seulement sur les parties que la lumière a frappées, c'est-à-dire sur les parties décomposées de la couche d'iodure d'argent. Un vernis éclatant de mercure accuse donc les parties éclairées, et les ombres sont représentées par la surface sombre de la plaque, dans les parties non recouvertes par le mercure. Il resle à débarrasser la plaque de l'iodure d'argent qui l'imprègne encore; car, si on ne l'enlevait pas, cet iodure d'argent noircirait, sous l'influence de la lumière, et ferait ainsi disparaître tout dessin.

 

Pour cela on plonge la plaque dans une dissolution d'hyposulfîte de soude, sel qui a la propriété de dissoudre l'iodure d'argent non impressionné par la lumière.
Dans le procédé que nous venons de décrire, il fallait, pour obtenir une
épreuve, exposer la plaque, pendant un quart d'heure, à une lumière très
vive. Ces épreuves miroitaient désagréablement, par l'effet du métal ; on
ne pouvait reproduire les objets animés; le ton du dessin n'était pas harmonieux;
on n'avait que la silhouette des masses vertes des arbres : enfin,
l'image pouvait s'effacer, par suite de la volatilisation lente du mercure. La
plupart de ces défauts résultaient de la trop longue exposition de la plaque
à la lumière.


Il restait un autre perfectionnement à apporter à la méthode de Daguerre.
Les images miroitaient, comme nous l'avons déjà dit. De plus, le
dessin manquait de fermeté, parce qu'il ne résultait que de l'opposition
des teintes du mercure et de l'argent; le plus léger attouchement suffisait
pour effacer l'image.

 

Tous ces inconvénients disparurent, grâce à la découverte,
due à M. Fizeau, du procédé qui servit à fixer les épreuves daguerriennes. Si l'on verse sur l'épreuve une dissolution de chlorure d'or, mêlée
à de l'hyposulfite de soude, et si on chauffe légèrement la plaque, elle se
recouvre d'une mince feuille d'or métallique. Dès lors, l'argent ne miroite
plus autant : en effet, il est bruni par la mince couche d'or qui se dépose
à sa surface; les noirs sont aussi plus vigoureux, et le mercure qui constitue
les blancs s'amalgamant avec l'or et prenant un plus vif éclat, le dessin
devient plus net et plus ferme. Enfin, l'image peut dès lors résister au
frottement, parce que le mercure qui, primitivement, formait le dessin à
l'état de globules très petits et peu adhérents, est maintenant recouvert d'une
lame d'or qui adhère à la plaque.


La photographie sur métal avait un inconvénient capital, c'est que chaque
opération ne fournit qu'un seul type. Comme inconvénient secondaire, on
lui reprochait le miroitage métallique, qu'il était impossible de bannir
entièrement. Enfin, le dessin, ne reposant qu'à la surface de la plaque,
n'était qu'un mince voile, qui ne présentait pas la résistance nécessaire à
un objet de durée.


La photographie sur papier vint bientôt, au grand avantage de cet
art nouveau, remplacer la daguerréotypie. Elle présente, en effet, cet
immense avantage, qu'un premier dessin-type étant une fois obtenu peut
fournir un nombre immense de reproductions. En second lieu, l'image
n'est pas formée seulement à la surface, comme avec le métal, mais elle
pénètre assez profondément dans la substance du papier, ce qui est une
condition de résistance et de durée.

 

La photographie sur papier, qui fit promptement et totalement disparaître
le système de Niepce et Daguerre, a été imaginée, des l'année 1859,
par Fox Talbot, amateur anglais. Ce n'est pourtant qu'à partir de 1845
que cette méthode a été connue et s'est répandue en Europe.
Avant d'exposer le procédé pratique de la photographie sur papier, nous
ferons connaître le principe général de l'opération.


Si l'on soumet à l'action de la lumière solaire les sels d'argent, lesquels
sont naturellement incolores, ils se décomposent, par l'effet de? rayons
lumineux, et ils noircissent. Si donc on place au foyer d'une chambre
obscure une feuille de papier imprégnée de chlorure ou d'iodure d'argent,
les parties vivement éclairées de l'image décomposent et noircissent la
couche de chlorure d'argent existant sur la feuille de papier, tandis que les
parties obscures ne la modifient point.


On a, de celte manière, un dessin sur papier, dans lequel les parties
claires apparaissent en noir et les ombres en blanc ; c'est ce qu'on appelle
une image négative. Qu'on place maintenant cette image négative sur une
feuille de papier imprégnée d'un sel d'argent, et qu'on expose le tout au
soleil ou à la lumière diffuse, les parties blanches du dessin laisseront
passer les rayons lumineux, les parties noires les arrêteront. Il en résultera
donc sur le papier, ainsi recouvert par l'épreuve négative et imprégné du
sel d'argent, une épreuve dite positive, sur laquelle les clairs et les ombres
seront dans la position normale.


Passons au procédé pratique.


Pour obtenir l'épreuve négative dans la chambre obscure, on reçoit
l'image sur une feuille de papier enduite d'iodure d'argent; puis on expose
cette feuille au foyer de la chambre obscure. Au bout d'un certain temps,
l'action chimique est produite.


Cependant, quand on retire la feuille de papier de la chambre obscure,
on n'y voit point d'image. Pour la faire apparaître, il faut plonger
l'épreuve dans une dissolution d'acide gallique. L'image apparaît, parce
que l'acide gallique forme un sel noir, le gallale d'argent, dans tous les
points où il s'est formé de l'oxyde d'argent libre, c'est-à-dire dans toutes
les parties que la lumière a frappées. On enlève, par un lavage à l'eau
pure, l'excès du sel d'argent non influencé ; on lave l'épreuve dans une
dissolution d'hyposulfite de soude, qui fait disparaître les dernières traces
du sel d'argent soluble, et on obtient ainsi l'épreuve négative.


Nous n'avons pas besoin de dire que le traitement par l'acide gallique
pour développer l'image, ainsi que les lavages du papier, et la plupart des
opérations, doivent être faits à l'abri de la lumière. Sans cela, les substances
chimiques impressionnables à la lumière seraient modifiées par l'effet du
jour, et tout serait uniformément altéré, c'est-à-dire que tout deviendrait noir.

L'opérateur se renferme donc dans l'obscurité, en s'aidant, pour se procurer
un peu de lumière, d'une bougie, qui est sans action sur les agents
chimiques employés. Toutefois, comme la lumière de la bougie impressionne quelques substances très sensibles,on a supprimé la bougie. On a en effet découvert que la lumière jaune ou rouge est entièrement sans action sur les substances photographiques.


Aujourd'hui le photographe se borne donc à garnir la fenêtre de son étroit laboratoire avec des vitres jaunes ou rouges. Dans ce cabinet jaune ou rouge,

qui fait l'effet d'un cabinet noir, le photographe travaille en voyant clair, et sans courir le risque de compromettre ses opérations. On a ainsi obtenu un cliché négatif sur papier. Pour obtenir l'épreuve positive sur papier, on place ce
cliché négatif sur une feuille de papier imprégnée de chlorure d'argent, et on expose le tout au soleil, pendant quinze à vingt minutes, ou à la lumière diffuse, pendant un temps qui varie d'une demi-heure à quatre heures.


On obtient ainsi l'image positive sur papier, qu'il faut laver, comme la
première, et pour le même motif, d'abord à l'eau pure, ensuite avec de
l'hyposulfite de soude.


Ajoutons que l'on peut tirer un nombre très considérable d'épreuves positives
avec l'épreuve négative sur papier, qui porte également le nom de cliché.

L'irrégularité de la pâte du papier empêchait d'obtenir, sur cette substance,
des épreuves à contours nets et bien arrêtés. La découverte de la
photographie sur verre a remédié à cette imperfection, en permettant d'obtenir
des dessins dans lesquels le trait est rendu avec la précision la plus
rigoureuse. Cet artifice consiste à former l'image négative, non sur du
papier, mais à la surface, parfaitement plane et polie, d'un morceau de
verre ou de glace, recouvert d'une matière transparente, telle que l'albumine.
On obtient ainsi une surface parfaitement plane, sur laquelle le
dessin photographique s'imprime en épreuve négative, avec les contours les
plus précis et les mieux arrêtés.


Avec ce cliché négatif sur terre, on tire ensuite des épreuves positives
sur papier.


La photographie sur verre a été proposée en 1847, par Niepce de Saint-
Victor, neveu de Joseph-Nicéphore Niepce, le créateur de la photographie.
Niepce de Saint-Victor étalait de l'albumine sur une lame de verre.
En 1851, l'albumine fut remplacée par le collodion, qui n'est autre chose
qu'une dissolution de coton-poudre dans un mélange d'alcool et d'éther.
Le collodion active prodigieusement la sensibilité lumineuse de l'iodure
d'argent. Grâce au collodion mélangé à l'iodure d'argent, on peut obtenir
des épreuves négatives en huit à dix secondes. On peut même obtenir des
images instantanées, c'est-à-dire fixer sur la plaque photographique des
objets animés d'un mouvement rapide, tels que les nuages chassés par le
vent, une voiture emportée par des chevaux, un navire fendant les flots, ou
les vagues de la mer, etc.


Voici, en résumé, la série des opérations qui servent à obtenir une image
au moyen de la photographie sur verre.


Sur une lame de verre on étale une légère couche de collodion. On laisse
sécher cette couche, qui forme sur la glace un enduit transparent et poli.
Au collodion, on a eu, d'avance, la précaution d'ajouter une petite quantité
d'iodure de potassium. Quand on veut opérer, on sensibilise le collodion
en plongeant la lame de verre recouverte de cet enduit clans une dissolution
d'azotate d'argent, aiguisée d'un peu d'acide acétique. Il se forme, par
l'action de l'iodure de potassium sur l'azotate d'argent, une certaine quantité
d'iodure d'argent. C'est là l'agent photographique, c'est-à-dire la matière
qui doit être impressionnée par les rayons lumineux.


Ainsi imprégnée d'iodure d'argent mêlé de collodion, la plaque de
verre est portée dans la chambre obscure, où elle reçoit l'action de la
lumière, qui doit former l'image négative. Au sortir de la chambre noire,
on soumet cette épreuve aux opérations ordinaires qui servent à faire
apparaître et à fixer les épreuves négatives sur papier, c'est-à-dire qu'on
la traite par l'acide pyrogallique, pour faire apparaître l'image, ensuite par

l'eau pure, pour la laver, et enfin par l'hyposulfite de soude, pour la fixer,
en la débarrassant des portions du sel d'argent non impressionnées.
Ce cliché négatif sur verre sert ensuite à tirer sur papier des épreuves
positives.


On voit donc que le verre n'est employé que comme support de la couche
de collodion, pour obtenir l'épreuve négative destinée à servir de type ; quant
aux épreuves positives, elless ont toujours tirées sur papier. Il faut être prévenu
de cette circonstance , car le mot de photographie sur verre est susceptible
d'induire en erreur, en faisant supposer, à tort, que les épreuves positives
elles-mêmes sont tirées sur verre.

 


La photographie sur verre collodionné a été fort longtemps le moyen universellement employé pour obtenir les épreuves. Le collodion permet en effet d'opérer avec une grande rapidité. Mais un nouvel agent chimique remplace aujourd'hui le collodion mélangé d'azotate d'argent : c'est le gélatino-bromure d'argent, c'est-àdire la gélatine imprégnée de bromure d'argent. Ce mélange est d'une sensibilité si extraordinaire que quelques centièmes de seconde d'exposition à la lumière suffisent pour produire l'image.

 

On conçoit l'importance d'une telle manière d'opérer pour obtenir les portraits. Ajoutons que cette substance a le très grand avantage de pouvoir être employée à sec, de sorte que les manipulations dans les bains sont supprimées, sauf pour le développement.

Les fabricants de produits chimiques vendent aux photographes des
plaques de gélatino-bromure sèches, toutes prêtes à employer. C'est ce qui
simplifie singulièrement leurs opérations, et ce qui permet de faire aujourd'hui
le portrait, ou de prendre des vues dans la campagne, avec une facilité
extrême et une véritable perfection.


Le procédé au gélatino-bromure d'argent réduit le temps de pose à
quelques centièmes de seconde, et le développement de l'image à quelques
minutes. Si l'on joint à cela que le prix des appareil? photographiques à
main est devenu très minime, on s'expliquera le nombre immense, existant
aujourd'hui, de photographes amateurs, pour lesquels la photographie est
devenue un véritable sport.


Les applications de la photographie sont, du reste, actuellement très
nombreuses. Les ingénieurs et les architectes s'en servent pour leurs
dessins, quand ils veulent en multiplier les exemplaires; les astronomes y
ont recours pour avoir des images fldèles des corps célestes ; les naturalistes
photographient les infiniment petits; et la main de l'artiste ou le burin
du graveur sont remplacés par la photogravure, que nous décrirons plus
loin.


Mentionnons enfin la photographie instantanée, cette application merveilleuse
dont nous allons dire quelques mots, avant de terminer ce chapitre.
La photographie instantanée permet : 1° à un opérateur immobile de
prendre des images d'un animal ou objet en mouvement; 2° à un opérateur
mobile de photographier un animal ou un objet au repos.
Le physicien français Mare y s'occupa, le premier, de photographier des
animaux en marche; il avait été cependant devancé, comme résultats
satisfaisants, par l'Américain Muybridge.

 


M. Muybridge prenait des images successives d'un animal en mouvement
devant plusieurs objectifs, dont les obturateurs étaient découverts et refermés
tour à tour, par un procédé très ingénieux. Le grand défaut de ce système
était d'employer jusqu'à trente appareils. M. Marey, de l'Institut, perfectionna
bientôt ce procédé, en opérant sur une seule plaque, qui conserve
toute sa sensibilité d'une pose à l'autre.


Dans ce but, il se servit d'un appareil imaginé par le savant astronome
français Janssen pour l'observation des éclipses de soleil. Cet appareil fut
appelé revolver photographique. Avec cet instrument, M. Marey est arrivé à
prendre les positions successives d'un cavalier passant rapidement devant
l'appareil.


Un obturateur percé de trous et mis en mouvement par un mécanisme
d'horlogerie découvrait l'objectif, à intervalles égaux, et fixait ainsi une
image du coureur, à chacun de ces intervalles, dans une nouvelle position.

Pour photographier un oiseau qui yole, M. Marey s'est servi d'un
appareil appelé fusil photographique.


La photographie instantanée, consistant à se servir de plaques de gélalino-
bromure d'argent sèches, et à développer avec des agents très rapides, tels
que l'hydroquinone, tient aujourd'hui le premier rang parmi les opérations
de l'art photographique. On voit ici une photographie instantanée, dans
laquelle le mouvement du saut est rendu avec loute sa vérité.

Pour les épreuves instantanées à prendre en voyage, il existe des appareils
très simples ; nous en donnerons succinctement le principe.


L'appareil à main contient, en général, douze plaques gélatino-bromurées,
et pèse, accessoires compris, à peine deux kilogrammes; il peut être porté
en bandoulière. Pour s'en servir, on arme l'obturateur, au moyen d'un
boulon. L'appareil est tenu dans les mains, à hauteur convenable ; et suivant
de l'oeil le modèle à reproduire, on déclenche l'obturateur, au moment propice,
en pressant sur le bouton.


Pour la mise au point, il suffit d'évaluer approximativement la distance
de l'objectif au modèle. Cependant, presque tous les petits appareils ont
aujourd'hui un point fixe, qui dispense de l'évaluation de la distance.
Ces appareils de plus en plus perfectionnés ont été rendus minuscules
(poids 500 grammes). La mise au point n'est même plus nécessaire; le
promeneur, le voyageur en chemin de fer, l'aéronaute en ballon, tire son
appareil de poche, et n'a qu'à le braquer, sans suspendre sa marche, sur
l'objet dont il désire prendre une image.


Les châssis à rouleaux sont une autre invention que nous devons signaler.
Les châssis à rouleaux servent à faire sur une bande de papier sans fin,
que l'on déroule successivement, 24, 48 et même 100 clichés, d'une même
épreuve.


Dans ces derniers appareils, l'objectif est disposé pour fonctionner à
tout instant, et la chambre obscure est construite de telle sorte que l'amateur
n'ait qu'à viser le modèle, et à agir sur la détente qui démasque
l'obturateur.


En présence de résultats aussi merveilleux, on a peine à croire que la
photographie actuelle ait pour origine les ébauches sorties des mains de
ses créateurs, Niepce et Daguerre.


La photogravure, créée par les travaux successifs d'un grand nombre
d'expérimentateurs et de praticiens, tels que Baldus, Poitevin, Ch. Nègre,
Garnier, Grivet, etc., permet d'obtenir, avec une photographie, des
planches sur acier, sur cuivre ou sur pierre, avec lesquelles on tire, sur
papier, des gravures ordinaires. C'était là, il ne faut pas l'oublier, l'objet
que se proposait, dès l'origine, le créateur de cet art, Joseph-Nicéphore
Niepce, et tel est, en définitive, le but suprême auquel devait aspirer
et qu'a fini par atteindre l'invention extraordinaire qui vient de nous
occuper.


La gravure dite au procédé, inventée par Gillot, a pour base la photographie.

Une gravure  au procédé s'obtient de deux manières :

 

1° En prenant sur bois une épreuve photographique du dessin ou de l'objet à reproduire, et confiant au graveur sur bois le soin de sculpter ce
dessin en relief sur le bois. Dans ce cas, le travail du dessinateur est supprimé : la photographie remplace le dessin.


2° En dessinant sur un papier spécial le sujet ou l'objet à reproduire, et
confiant le dessin à un homme de l'art. Celui-ci commence par en faire
une reproduction photographique réduite, et il transporte ensuite l'image
sur une lame de zinc. En traitant plusieurs fois et avec précaution la plaque
de zinc par un acide, comme le font les graveurs sur métal, on obtient un
cliché sur zinc, qui sert directement au tirage.


Dans ce second cas, c'est le travail du graveur sur bois qui est supprimé.
Ainsi, avec le procédé, on se passe tantôt du dessinateur sur bois, tantôt
du graveur sur bois, ce qui procure une grande économie, et permet de
multiplier les gravures dans les ouvrages scientifiques et autres. C'est un
moyen de reproduction encore plus économique que la lithographie.
Cependant les gravures ainsi obtenues, étant privées de tailles, qui sont
la base de l'art du graveur, sont le plus souvent vagues, mal définies dans
leurs contours. On réserve donc la gravure au procédé pour les publications
à bon marché.


Nous donnons comme spécimen ci-après une gravure obtenue par le
procédé.


On voit que ce genre de gravure, quand il est exécuté avec soin, n'a
rien à envier à la gravure sur bois. Et comme il est très économique, son
usage tend de plus en plus à se répandre, pour l'illustration des ouvrages
et des journaux.

Louis Figuier - 1894.

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